L’histoire est belle : en 1992, Youssef Nabil découvre le Musée d’Orsay et en ressort transformé. Une trentaine d’années plus tard, le photographe égyptien est le premier artiste contemporain invité à investir les salles orientalistes du musée, désormais renommées « Artistes en Afrique du Nord ». Ses œuvres dialoguent avec le cœur symboliste de la collection : Puvis de Chavannes, Odilon Redon… Une boucle qui mérite d’être lue à double sens.
Parler avec les images, c’est d’abord quelque chose de vital pour Youssef Nabil. Quand il naît au Caire en 1972, l’âge d’or du cinéma égyptien est déjà en déclin. Cinéphile, amateur obstiné de ces vieux films en noir et blanc qu’il regarde après l’école, il tombe amoureux d’acteurs déjà disparus. Cette première conscience de la mort conditionne durablement son rapport à l’image : « J’ai décidé que je ferais de la photographie mon métier et que je photographierais les gens que j’aime avant de mourir et avant qu’ils ne meurent. » Du cinéma, il retiendra les postures, la théâtralité, un érotisme éclectique. En 1991, une vitrine du centre-ville oriente définitivement sa pratique : le studio de Van Leo, dernier défenseur du portrait glamour en noir et blanc dans un Caire converti à la couleur. Nabil hérite de cette vision : sublimer, starifier, excéder l’identité du photographié. Techniquement, il prolonge aussi la tradition de la colorisation manuelle des studios égyptiens : ses tirages argentiques sont peints à l’aquarelle, rehaussés au crayon, retouchés au pinceau. Chaque image est un tirage unique qui ne prétend à aucune objectivité documentaire, empreinte d’une atmosphère fanée, mélancolique, entre le souvenir et la fiction, un temps qui n’a jamais tout à fait existé.
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